L’Accessibilité à Montréal: on en parle?


Montréal - Mont-Royal - Accessibilité

À ce stade-ci, vous connaissez déjà mon amour pour Montréal, cette cité à taille humaine où il fait à la fois bon vivre et où l’on retrouve également les caractéristiques culturelles et gastronomiques d’une grande ville.

Pourtant, tous ne peuvent pas en profiter de la même façon et ce, même en 2023. J’ai eu la chance de discuter avec Laurence Parent, Conseillère d’arrondissement pour Le Plateau-Mont-Royal, à propos de l’accessibilité à Montréal et de lui poser quelques questions à ce sujet.

Comme vous pourrez le constater, ses réponses sauront non seulement déboulonner certaines idées reçues que vous avez sûrement déjà entendues, mais aussi vous donner une petite idée de la réalité des personnes vivant avec un handicap.

Entretien

Quand on parle d’accessibilité, qu’est-ce qu’on entend exactement?

On peut penser notamment à l’absence d’obstacle. Un obstacle peut être physique (un escalier), une politique (politique d’embauche sans mécanisme d’inclusion) ou une attitude (préjugé négatif envers une personne).

Il peut être difficile de définir un environnement accessible, car plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. L’accessibilité c’est aussi prendre des mesures pour éliminer en amont les obstacles qui empêchent les personnes de faire toutes les activités que les personnes sans handicap font, parfois sans même y penser. Améliorer l’accessibilité, c’est lutter contre le capacitisme (discrimination fondée sur le handicap). 

Pourquoi est-ce que l’accessibilité est importante dans une société (et pas seulement pour les personnes vivant avec un handicap)?

À la base, un lieu non accessible pose problème si le but est d’accueillir des personnes. L’accessibilité est partout. Le problème est qu’elle est encore souvent seulement pensée pour les personnes sans handicap.

Par exemple, nous allons construire des logements avec six marches à l’entrée sans trouver cela problématique puisque ces six marches peuvent être franchies par une grande portion de la population et par les futurs occupants types. Toutefois, nous ne construisons jamais un gratte-ciel de 30 étages sans ascenseur puisqu’un tel design ne conviendrait pas à la majorité de la population! 

C’est tout d’abord une question de droits de la personne. Depuis plusieurs décennies déjà, nous avons établi que les personnes handicapées ont les mêmes droits que les personnes sans handicap. Il y a donc une obligation de rendre nos environnements accessibles. C’est écrit dans plusieurs chartes, lois et conventions.

De plus, l’accessibilité est utile à tout le monde à divers degrés. Elle est nécessaire aux personnes handicapées. Elle est utile (et parfois nécessaire aussi) aux jeunes enfants, aux familles, aux personnes aînées, aux personnes avec une blessure et aux voyageurs. Elle facilite aussi la vie de tout le monde. Par exemple, de nombreuses personnes entendantes utilisent les sous-titres lorsqu’elles regardent des films et vidéos.

Pouvez-vous me donner quelques examples de situations auxquelles les personnes vivant avec un handicap font face quotidiennement et qui ne traverseraient pas l’esprit d’une personne qui ne vit pas avec ce handicap?

Les personnes handicapées doivent être des pros de la planification et de la débrouillardise. L’exemple le plus simple est par rapport au transport en commun. Une personne devant se déplacer en transport adapté doit prévoir ces déplacements à l’avance et réserver leurs transports. Elles ne peuvent pas changer leurs plans la journée même.

Ce n’est pas le cas des personnes qui peuvent utiliser le métro et le bus. Une personne aveugle peut difficilement décider sur un coup de tête d’aller découvrir un parc-nature à l’autre bout de la ville. Elle a besoin d’accompagnement. Toutefois, l’offre d’accompagnement pour de tels besoins est famélique. 

Montréal - Mont-Royal - Accessibilité
Crédit photo: Facebook, Jérôme Saunier

Parlons de coûts; est-ce que le fait de rendre un endroit ou un immeuble accessible fait nécessairement exploser les budgets?

Non, pas nécessairement. Si l’accessibilité est pensée dès le départ, les coûts ne sont généralement pas beaucoup plus élevés. Ils peuvent même être les mêmes. Si l’accessibilité est prévue après, les coûts varient d’un projet à l’autre. L’ordre de grandeur dépend de l’ampleur des travaux à faire.

Souvent, on va s’arrêter à une crainte des coûts sans faire une véritable évaluation. De plus, on calcule rarement le coût de ne pas rendre un endroit ou immeuble accessible. L’exclusion a un prix.

Quelles sont les améliorations les plus urgents à porter à la ville de Montréal afin de la rendre plus accessible et conviviale?

Le réaménagement de nos rues (descentes de trottoirs sans obstacle, traverses piétonnes avec les meilleures pratiques d’accessibilité, installation de feux sonores), la mise en accessibilité de notre réseau de transport collectif, l’augmentation du nombre de logements abordables accessibles et l’augmentation de l’offre de commerces de proximité accessibles. Ce n’est pas un mince programme! 

Selon vous, quelle ville est exemplaire en matière d’accessibilité?

J’ai été surprise par l’accessibilité de la petite ville universitaire de Berkeley en Californie. On y croise beaucoup de personnes handicapées grâce à l’accessibilité de la ville. Les grandes villes états-uniennes sont intéressantes, car on peut y voir les effets de la loi états-unienne sur l’accessibilité (Americans with disabilities Act).

Au Canada, il faut regarder ce que Vancouver fait. L’Ontario a aussi une loi sur l’accessibilité qui change concrètement les villes et améliore l’accessibilité.

En Europe, Londres vaut la peine d’être visitée considérant son cadre bâti qui n’est pas des plus modernes. Dans bien des cas, le patrimoine n’est pas une excuse au manque d’accessibilité. J’ai aussi entendu beaucoup de bonnes choses sur Barcelone, mais je n’y suis jamais allée.

Plus près de chez nous, la ville de Victoriaville se démarque! Sa ville dispose d’une équipe dédiée à l’accessibilité universelle dont une responsable depuis 20 ans. Ça se voit sur le terrain!

En tant que personne ne vivant pas avec un handicap, comment peut-on aider la cause de l’accessibilité?

En s’y intéressant, en s’informant et en s’impliquant aux côtés des personnes handicapées! Les personnes handicapées ont besoin d’allié-es! Il existe de nombreux groupes de défense des droits des personnes handicapées et une panoplie d’informations en ligne. Peu importe le milieu dans lequel vous vivez ou travaillez, je suis certaine que des actions concrètes peuvent être posées.

Par où commencer pour s’impliquer?

Si vous n’avez pas, comme moi, la chance d’avoir quelqu’un dans votre entourage proche pour vous sensibiliser à cette cause importante, il y a plusieurs ressources en ligne pour vous accompagner.

Le groupe Facebook Action Accessible est une bonne place pour commencer à mettre la question d’accessibilité sur votre fil d’actualité. Ce groupe documente le manque d’accessibilité universelle au Québec grâce aux photos et aux témoignages de ses membres

Sinon, le site de la ville de Montréal comporte une section complète à ce sujet. Enfin, Tourisme Montréal a aussi des ressources pour les gens à mobilité réduite sur son site.

En 2023, il est important d’avoir l’empathie et le coeur d’agir pour les gens vivant en situation de handicap! Après tout, Montréal est une ville pour tous 🙂

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