L’Orangeraie: un opéra à la thématique d’actualité


L'Orangeraie - Zad Moultaka -Opéra -Nathalie Paulin -Vanessa Fortin photographe

À part la pandémie mondiale qui sévit depuis plus d’un an et demi déjà, il est difficile de faire plus actuel (et, malheureusement, plus dramatique) en termes de sujets que la crise du Moyen Orient. Bien que les guerres y sévissent depuis longtemps déjà, les vingt dernières années ont été particulièrement éprouvantes pour ce coin de la planète, surtout avec la montée de l’extrémisme religieux par le biais de Daech.

C’est sur cette trame de fond dense et intense que se déroule l’opéra L’Orangeraie de l’artiste pluridisciplinaire Zad Moultaka, dont la feuille de route est aussi impressionnante qu’elle est diversifiée. Cumulant Biennales d’arts de Venise, créations opératiques pour le Deutsche Oper Berlin et collaborations avec la maison Louis Vuitton, pour ne nommer que quelques-unes de ses associations, ce créateur au sens large s’exprime autant à travers l’art visuel qu’avec l’écriture et la musique. 

Des propos difficiles mais nécessaires 

Mais revenons-en à sa création, L’Orangeraie, qui était présentée au Monument National par Chant Libres en collaboration avec le NEM la semaine dernière. Plutôt que de focaliser sur l’aspect politique de la guerre, le livret de Larry Tremblay réussit à humaniser une réalité qui n’a rien d’humain, soit les enfants pris dans l’engrenage du conflit de l’État Islamique.

Les jumeaux Amed et Aziz habitent avec leurs parents dans la luxuriante l’orangeraie cultivée par leur grand-père au beau milieu du désert. Une nuit, un obus de l’ennemi vient détruire la maison des grands-parents, les tuant simultanément. Le chef armé du village voisin vient alors voir le père des jumeaux et l’exhorte de sacrifier l’un de ses deux enfants en tant que kamikaze pour venger l’honneur face à l’ennemi. 

Le père choisit Amed, Aziz étant atteint d’une maladie mortelle et ne représentant donc pas un véritable sacrifice devant Dieu. Leur mère, Tamara, viendra alors demander à Amed de changer de place avec Aziz au moment fatidique afin de ne pas perdre ses deux fils, subterfuge que ce dernier accepte sans savoir que son frère est atteint d’une maladie incurable et qu’il est voué à une mort prochaine. 

S’en suivra un profond choc post-traumatique mêlée à une culpabilité écrasante pour Amed, qui serat exilé chez sa tante en Amérique quand le père découvrira le stratagème. 

L'Orangeraie - Opéra - Zad Moultaka
Crédit photo: Vanessa Fortin

Une musique qui reflète bien la thématique

Musicalement parlant, l’œuvre de Zad Moultaka ne peut laisser indifférent. L’absence de centre tonal et l’usage fréquent de la quarte augmenté à certains moments très tendus (par exemple, quand le chef armé Soulayed dit au père “Chaque goutte de ton sang est mille fois plus précieuse qu’un millier de leurs visages”) rendent justice à l’horreur de la guerre. 

Vocalement parlant, j’ai adoré la mère Tamara interprétée par la soprano Nathalie Paulin. Ayant une carrière internationale depuis déjà plusieurs années, sa voix était comme à l’habitude brillante et radieuse, avec l’aspect cristallin qu’on lui connait bien et qui l’a aidé à se démarquer dans les grands rôles de sa carrière, comme Manon de Massenet. 

Nicholas Burns, interprétant Amed, était également très fort sur le point vocal et je prédis une belle continuation de carrière pour ce jeune contre-ténor déjà fort accompli.

L'Orangeraie - Opéra - Zad Moultaka
Crédit photo: Vanessa Fortin

Changer d’air artistique

S’il fait parfois du bien de revisiter les classiques, il est également nécessaire de s’ouvrir l’esprit artistiquement parlant. L’Orangeraie est un opéra coup-de-poing qui est certes hors des sentiers battus, tant par le sujet abordé que par la manière dont il est traité musicalement, mais il est en mon sens essentiel d’élargir ses horizons et de s’ouvrir à la nouveauté. On y repense plusieurs jours après, signe d’un point de vue affirmé!

L’Orangeraie sera présenté à nouveau les 5 et 6 novembres prochain au Diamant de Québec.

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